La Ligue de football professionnel (LFP) est en pleine crise[1]. Plutôt que d’analyser objectivement ses propres responsabilités dans la crise actuelle, le milieu du foot professionnel remet le couvert sur la possibilité d’en finir avec la loi Evin, et de sacrifier la santé des jeunes sur l’autel du sport business.

Alors qu’une pandémie affecte profondément le pays et limite nos vies sociales et professionnelles, la Ligue du Foot en appelle au Gouvernement pour combler le gouffre de sa propre gestion particulièrement calamiteuse. Si le covid-19 a vidé les stades en France comme ailleurs, la LFP paye essentiellement son aveuglement dû à son appât du gain comme on l’a vu avec l’affaire des droits de rediffusion télé des matchs de foot de la Ligue 1. Le milieu du football professionnel a remis son sort entre les mains d’une société qui avait promis des gains mirifiques, mais a été incapable de tenir ses engagements.

La LFP, qui réunit les clubs les plus riches de France avec des joueurs aux salaires vertigineux, est incapable de repenser son modèle économique et fait de nouveau appel à l’Etat alors qu’elle a bénéficié de 100 millions d‘euros hors prêt garanti par l’État pour le football professionnel en novembre dernier.

Alors que la France va affronter une grave crise économique, le sport le plus riche refuse de se serrer la ceinture et propose au contraire d’en finir avec l’interdiction du sponsoring sportif et culturel qui résulte de la loi Evin. Soyons clairs : cette demande n’a rien à voir avec la crise du foot professionnel qui est à imputer au premier chef à ses dirigeants. Cette « solution » d’alcooliser le sport pour alimenter les caisses des clubs a d’ailleurs maintes fois été proposée, bien avant la crise du Covid et celle des droits TV.

L’alliance entre les alcooliers et les richissimes clubs de foot vise simplement à accroitre les profits en toute situation[2]. Les arguments les plus incohérents ont déjà été utilisés, par exemple lors de la tentative mise en œuvre en catimini par quelques parlementaires en pleine torpeur de l’été 2019. La manœuvre avait échoué notamment du fait de la mobilisation d’Addictions France (alors ANPAA). Tout le monde avait bien compris qu’inciter les plus jeunes à boire dans les stades était le véritable objectif, sans compter les profits des annonceurs.

Comme d’habitude, les promoteurs de cette attaque contre la santé publique n’osent assumer la réalité de leur proposition. Comme d’habitude, des éléments de langage sont utilisés pour endormir la vigilance d’une population soucieuse de sa santé : on parle d’ »assouplissement », de « clarification » ou encore d’ »adaptation » et d’ »actualisation ». Cette fois ci, le terme en trompe l’œil est « évolution » : la LFP propose « une évolution de la loi Evin (sur l’alcool dans les stades) ». Nous sommes habitués à ces ruses pour justifier l’injustifiable. Mais qu’on pense à sacrifier la santé, et la santé des plus jeunes, relève à la fois de l’indécence et de l’irresponsabilité.

Les acteurs de santé, et Addictions France particulièrement, ne laisseront pas se réaliser cette opération purement mercantile qui va à l’encontre de la santé des jeunes.


 

[1] Dépêche AFP du mardi 9 février 2021 19:00

[2] https://addictions-france.org/datafolder/uploads/2021/01/Decryptage-n%C2%B038-Alcooliser-le-sport.pdf

Bernard Basset

 

Bernard Basset, président d’Addictions France